La décision des autorités de faire libérer, dans un délai de 24 heures, les immeubles dépassant le premier niveau dans les environs de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré bouleverse plusieurs occupants. Parmi les structures directement affectées figure Émergence Magazine, média spécialisé dans l’information économique en Guinée.
Installée depuis plusieurs années dans ses locaux, la rédaction se retrouve engagée dans un déménagement précipité, avec à la clé des pertes matérielles importantes et de nouvelles charges financières. Son Administrateur général, Lamine Mognouma Cissé, témoigne de la difficulté de la situation.
« Nous sommes en plein déménagement. On a été informés ce matin de libérer notre immeuble. C’est une décision qui vient des autorités, qui jugent que tous les immeubles dépassant le premier niveau autour de l’aéroport doivent être dégagés, doivent être libérés. Et donc, on nous a donné cette information. Vous pouvez imaginer toute notre préoccupation, parce que nous nous étions installés dans l’espoir de rester durablement.

Vous savez que lorsqu’on déménage, il y a sans doute beaucoup de choses qu’on ne peut pas récupérer en l’état. Ce sont les bureaux, notamment. Et tout récemment, nous étions en train de refaire un studio de production. Nous avons acheté tout le matériel. Ce studio de production doit être défait pour aller le monter ailleurs. Nous sommes donc face à une situation assez compliquée pour un média qui se cherche. Je crois que c’est difficile à expliquer. Vous comprendrez toute notre émotion, toute notre préoccupation et toute notre inquiétude face à cette décision. Il faut qu’elle soit appliquée parce qu’elle ne s’applique pas uniquement à nous. Mais notre situation paraît très préoccupante. Nous ne savons pas quoi faire. Nous allons faire comme tous les autres, mais non sans conséquences. Encore une fois, je vous le dis très sincèrement, cela va faire tache dans notre activité. Cela risque sans doute de pénaliser fortement le fonctionnement de notre média Émergence Magazine. Nous avions de l’ambition. Nous étions en train d’aller plus loin, nous visions plus loin. Mais c’est tout cela qui s’estompe là, ou en tout cas qui se ralentit à travers la décision qui a été prise.

Encore une fois, on va perdre notre studio qu’on a monté à coups de plusieurs millions. Nous avons les bureaux. Plusieurs de nos bureaux, nous allons les perdre. Et puis, il y a les chaises. Il y a énormément de choses que nous allons devoir gérer dans ce déménagement. Et mieux encore, est-ce qu’on peut trouver un autre local ? Vous savez, trouver un local aujourd’hui, après avoir pris des engagements, c’est de plus en plus difficile et dispendieux. Et donc, nous sommes confrontés à cette situation.
Nous ne sommes pas alarmistes. Ce n’est pas un SOS que nous lançons, mais nous sommes en train d’exposer notre situation. Et je crois que les gens seront sensibles à ce que nous vivons, à ce que nous sommes en train de traverser. Quand on appelle quelqu’un pour lui dire de quitter, de libérer l’immeuble qu’il occupe depuis des années, en 24 heures, alors là, vous pouvez lire dans notre façon de faire. Vous pouvez comprendre…»

En attendant, à Emergence Magazine, les cartons se remplissent, les équipements se démontent et une nouvelle installation doit déjà être imaginée. Pour un média qui ambitionnait d’aller plus loin, le défi est désormais de ne pas laisser un déménagement précipité interrompre une aventure éditoriale construite depuis 2019.
Amadou Diallo














