Récemment, le gouverneur de la Banque centrale de la République de Guinée (BCRG), Karamo Kaba, a annoncé la possible émission de billets de 50 000 et 100 000 francs. Ce sujet continue d’alimenter le débat au sein de l’opinion publique.
Si certains saluent cette décision, d’autres, en revanche, restent pessimistes quant à l’introduction de ces grosses coupures. Joint au téléphone par notre rédaction, le président de l’Union démocratique pour le renouveau et le progrès (UDRP) et vice-président de l’Alliance nationale pour l’alternance et la démocratie (ANAD), Dr Édouard Zoutomou Kpogomou, a énuméré quelques inconvénients liés à la mise en circulation de ces grosses coupures: « Il n’est pas exagéré de dire que l’injection de grosses coupures de monnaie n’est pas un substitut à une politique monétaire saine dont le but ultime est la stabilité des prix dans une économie », a-t-il entamé.
Tout en précisant que l’impact des grosses coupures dépend fortement du système de bancarisation, donc de la nature des échanges: « En Guinée, malgré les efforts soutenus des autorités pour digitaliser les transactions commerciales et bancaires, celles-ci restent dominées par les échanges basés sur le cash. Il est entendu que les efforts de stabilisation des prix, donc de contrôle de l’inflation dans les systèmes d’échange de “papier-monnaie”, sont beaucoup plus difficiles, surtout lorsque la tendance globale est inflationniste. En Guinée, il n’y a pas de grosses coupures monétaires, ce qui réduit les risques de contrefaçon associés aux opérations de grande envergure souvent illégales », a-t-il fait remarquer.
Poursuivant, l’acteur politique a justifié sa position en prenant l’exemple du Zimbabwe, un pays d’Afrique australe: « À mon avis, et sur la base des observations faites dans certains pays africains comme le Zimbabwe, l’injection de grosses coupures monétaires est un signal fort de la dévaluation excessive de la monnaie en circulation. En effet, dans les années 1998, l’hyperinflation au Zimbabwe avait atteint le niveau record de plus de 1 000 %, dont la tentative de jugulation avait été l’introduction de billets de plus de 10 millions de dollars zimbabwéens. Malheureusement, cette mesure n’était pas adossée à une politique monétaire transparente et austère », a-t-il argumenté.
C’est pourquoi il estime que l’introduction de larges coupures en Guinée augmentera certainement la masse monétaire en circulation en termes de valeur fiduciaire non supportée par la valeur des biens et services produits dans le pays. Elle accélérera, prévient-il, la dévaluation du franc guinéen et poussera les opérateurs économiques à se tourner vers des valeurs plus sûres comme l’or, les biens immobiliers, etc.
Le leader de l’UDRP souligne par ailleurs que la sortie de ces billets sur le marché ne peut pas résoudre le problème récurrent de manque de liquidités, car « c’est beaucoup plus une question de transparence dans la gestion, de compétence et de confiance entre les différents acteurs ».
Dr Zoutomou conclut en rappelant qu’il serait préférable que l’État accélère les efforts de digitalisation des opérations d’échange monétaire et priorise les activités liées à la gouvernance globale.
Marliatou Sall














