Moins de trois mois après le passage de l’opération de déguerpissement des encombrants physiques dans la commune de Lambanyi, précisément aux abords des ruines du marché Kiroty, les premiers signes d’un retour à l’occupation anarchique sont déjà visibles.
Progressivement, le bitume autrefois libéré est de nouveau envahi, du bureau du quartier jusqu’à la mosquée. Vendeurs ambulants, étals improvisés entre les piliers du marché et la route : l’occupation s’installe à nouveau, presque comme avant. Interrogée sur les raisons de ce retour, une vendeuse de friperie, visiblement agacée, répond: « On ne nous a recasés nulle part. Je vis dans ce quartier, et l’investiture du président est passée. Alors, où est le problème ? Personne ne m’a dit de ne pas m’installer ici. Je ne vole pas, je veux nourrir ma famille. Vous êtes le seul à me poser la question. Mais surtout, ne me filmez pas, sinon je casse votre téléphone », lance-t-elle sur un ton de colère.

Un peu plus loin, une autre vendeuse, occupée à écouler ses sacs de charbon et ses denrées alimentaires, s’emporte également à la vue d’un appareil photo:
« C’est ici que je gagne ma vie. Demain encore, à cause de vous, ils viendront nous chasser. Ce n’est pas juste. Ne me filmez pas. Je n’ai rien à dire. Ou bien vous pensez que je suis étrangère ici ? J’ai eu cinq enfants à Kiroty, je suis d’ici. Alors, où est le problème ? »

À Kiroty Marché, bâti sur les ruines d’un ancien site marqué autrefois par des chambres de passage, le commerce informel reprend ses droits. Pendant ce temps, la circulation se dégrade à nouveau, sans véritable intervention ni sanction.
Amadou Diallo














