Le Soli est l’une des danses traditionnelles les plus emblématiques de Guinée. Liée à l’initiation, aux jeux et à la circoncision, elle traverse les frontières intérieures du pays et unit, bien au-delà des appartenances régionales, les communautés de la Haute comme de la Basse Guinée. La littérature guinéenne en est le témoin vivant.
Preuves par la littérature
De nombreux auteurs guinéens se sont emparés du Soli pour en faire le pivot de récits initiatiques, mettant en lumière la richesse symbolique et sociale de cette pratique. Parcourir leurs œuvres, c’est traverser un pan essentiel de la mémoire collective guinéenne.
L’Enfant noir – Camara Laye (1953)
Paru en 1953 aux éditions Plon à Paris, L’Enfant noir de Camara Laye reste une référence absolue. Les chapitres 7 et 8 retracent avec précision les jeux initiatiques et la danse du Soli qui précède la circoncision. L’auteur y confie, dans ce roman autobiographique devenu classique :
« Cette année-là, je dansais une semaine au long, sept jours au long, sur la grande place de Kouroussa, la danse du Soli qui est la danse des futurs circoncis. »
Safrin ou le duel au fouet – Lamine Kamara (1997)
Publié aux éditions Présence Africaine en 1997, Safrin de Lamine Kamara, enfant de la savane du clair-pays, célèbre les beautés et la vitalité du pays Manding. Au cœur du récit, un duel au fouet — le doundounba dans sa forme violente wouroukoutou — auquel se livrent les jeunes gens à la belle saison, quand le riz est rentré et que les jeunes filles chantent la joie de vivre. L’auteur évoque également les danses initiatiques comme le Soli et les sociétés de classes d’âge, les sèdè.
Soli ni Cɛbaya – Bentou Bakary Kaba (2003)
Publié en 2003 au Caire en Égypte en n’ko, Soli ni cɛbaya (ߛߏ߬ߟߌ ߣߌ߫ ߗߍ߬ߓߊ߬ߦߊ ) — littéralement Le Soli et la circoncision — de l’écrivain N’ko-phone Bentou Bakary Kaba relate les rites de la circoncision et des danses comme le Soli et le fadifadi dans l’éducation traditionnelle maninka. L’œuvre, rédigée dans l’alphabet n’ko, incarne à elle seule la double dimension orale et écrite de la transmission culturelle.
Sôliba, histoire d’initiation – Bakonko Maramany Cissé (2014)
Aux éditions L’Harmattan en 2014, Bakonko Maramany Cissé retrace les péripéties de la préparation physique et mentale des jeunes garçons — les bilakoro — en pays malinké. Il décrit la dimension sociale et culturelle du Sôliba, l’ultime danse avant le face-à-face entre le novice (bilakoro) et le maître circonciseur. La circoncision y est présentée comme un trait d’union entre la culture africaine et orientale, entre tradition et religion : une vision universelle du rite initiatique.
Le Kania Soli – Abdoulaye Sayon Fofana (2015)
Publié en 2015, l’ouvrage d’Abdoulaye Sayon Fofana décrit le Soli du kania (Kindia) comme une ode et une danse traditionnelle qui célèbre à la fois les garçons circoncis et les filles excisées, tout en rendant hommage à leurs parents. Inséparable du laga (l’école secrète), du yongoyoli (le chargé de la circoncision), du bili (liqueur qui met en transe) et du fendali (savoir inculqué par énigmes), le Kania Soli est aussi une danse de duel et d’affrontement entre protagonistes. Il incarne la civilisation de l’oralité dans toute sa complexité.
Au-delà des régions et des eth-nies, au-delà même des frontières linguistiques, la danse du Soli traverse la Guinée de part en part. Ces cinq œuvres littéraires, publiées sur plus d’un demi-siècle, en constituent la preuve irréfutable : le Soli est un patrimoine vivant, un lien invisible mais puissant entre tous les Guinéens.
Nafadji Sory Condé
Socio-anthropologue














