Alors que l’hypertension reste mal contrôlée chez de nombreux adultes, une injection expérimentale promet de faire baisser la tension pendant des mois. Cette piste séduit les cardiologues mais soulève encore de sérieuses réserves.
Près d’un adulte sur deux serait concerné par l’hypertension artérielle dans les pays industrialisés, et beaucoup restent au-dessus des valeurs cibles malgré des comprimés quotidiens. Face à ce constat, une équipe internationale teste une nouvelle injection contre l’hypertension, le zilebesiran, qui pourrait maintenir la tension à un niveau plus bas pendant plusieurs mois, rapporte le quotidien allemand Frankfurter Rundschau. Les résultats de l’essai de phase 2 KARDIA‑2, publiés dans la revue scientifique Journal of the American Medical Association, attirent l’attention des cardiologues.
Selon le Journal of the American Medical Association (JAMA), 1 491 patients hypertendus ont été recrutés entre janvier 2022 et juin 2023 dans 150 centres de huit pays. Tous prenaient depuis au moins quatre semaines l’un des trois traitements standards, indapamide, amlodipine ou olmesartan. Chez 663 d’entre eux, la pression systolique restait comprise entre 130 et 160 mmHg ; ces patients ont alors reçu soit une injection unique de 600 mg de zilebesiran sous la peau, soit un placebo, en plus de leur traitement habituel. Trois mois plus tard, la baisse de tension était en moyenne d’une dizaine de mmHg plus importante avec le médicament expérimental, et l’effet est resté proche de ce niveau jusqu’à six mois, ce qui suscite beaucoup d’espoirs mais aussi plusieurs questions.
Zilebesiran : comment cette injection contre l’hypertension agit dans l’organisme
Le zilebesiran appartient à une nouvelle famille de traitements dits par ARN interférence (RNAi). L’organisation Humanforschung Schweiz, spécialisée dans la recherche clinique, décrit ce candidat médicament comme « eine in der Entwicklung befindliche neuartige Behandlung », qui utilise un processus naturel où l’ARN sert de messager entre l’ADN et les protéines. Les thérapeutiques RNAi ciblent un ARN précis et le fragmentent avant qu’il ne soit traduit en protéine. Ici, la cible est l’angiotensinogène, une protéine produite par le foie et située en amont du système rénine‑angiotensine‑aldostérone qui régule la pression artérielle. En réduisant durablement la quantité d’angiotensinogène, les vaisseaux se contractent moins, la pression diminue et cet effet peut persister plusieurs mois après une seule injection, comme l’ont montré d’autres essais de phase 2 menés par les laboratoires Roche et Alnylam Pharmaceuticals.
Étude KARDIA‑2 : une baisse de tension durable mais sur seulement six mois
Dans KARDIA‑2, les patients avaient en moyenne 58,5 ans et environ 57 % étaient des hommes, détaille le quotidien allemand. Parmi eux, 130 prenaient de l’indapamide, 240 de l’amlodipine et 293 de l’olmesartan. Trois mois après l’injection, la baisse additionnelle de pression systolique sur 24 heures, par rapport au placebo, atteignait 12,1 mmHg avec l’indapamide, 9,7 mmHg avec l’amlodipine et 4,5 mmHg avec l’olmesartan. Ces différences sont restées proches jusqu’à la fin des six mois de suivi pour les deux premiers groupes. Selon la plateforme médicale Medscape, les auteurs jugent que « Diese Daten belegen das Potenzial von subkutan verabreichtem Zilebesiran als wirksame und gut verträgliche Therapie zur kontinuierlichen Kontrolle des Blutdrucks in Kombination mit gängigen oralen Erstlinien-Antihypertensiva ». Les effets indésirables ont été un peu plus fréquents avec le zilebesiran, mais le plus souvent légers et spontanément régressifs, sans signal grave immédiat.
Une injection tous les six mois : pour quels patients, et à quel horizon ?
La perspective d’une injection semestrielle séduit, car une réduction d’environ 10 mmHg de la pression systolique est habituellement associée à une baisse sensible du risque d’infarctus et d’accident vasculaire cérébral. Le site SciTechDaily résume d’ailleurs le concept comme une injection « deux fois par an » pour des malades dont la tension reste trop élevée malgré les comprimés. Des spécialistes réunis par l’American College of Cardiology insistent pourtant sur le caractère encore expérimental de ce traitement, sur une durée de suivi limitée à six mois et sur le fait que les patients les plus à risque ont été exclus de l’essai. Le commentaire clinique du New England Journal of Medicine souligne aussi l’incertitude sur la sécurité à long terme, en particulier pour les reins et le risque d’hypotension prolongée. L’étude KARDIA‑3, en cours chez des patients à haut risque cardiovasculaire, et de futurs essais de grande ampleur devront montrer si le zilebesiran réduit réellement les infarctus, les AVC et les décès, et s’il peut trouver une place, un jour, dans la prise en charge de l’hypertension en France.
Source : www.topsante.com














