Nommés par décret présidentiel pour porter la planification stratégique et la coopération au développement au plus près des territoires, les Directeurs préfectoraux et communaux du Ministère du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement (MPCID) attendent, pour certains d’entre eux, la régularisation effective de leur solde de fonction. Loin d’être imputable au département ministériel de tutelle, cette situation s’inscrit dans un processus interministériel rigoureux, désormais entièrement dématérialisé à travers le Fichier Unique de Gestion Administrative et de la Solde (FUGAS). Décryptage.
Un déploiement territorial au service de la vision Simandou 2040
La nomination des Directeurs préfectoraux et communaux du Plan traduit la volonté du Gouvernement de rapprocher la planification stratégique des réalités locales. Ces cadres constituent le maillon opérationnel du MPCID sur l’ensemble du territoire national, chargés de décliner en actions concrètes les orientations du programme Simandou 2040 et d’assurer la coordination des projets de coopération dans les préfectures et communes.
À titre d’illustration, le décret D/2024/257/PRG/CNRD/SGG du 12 décembre 2024 a procédé à la nomination des Directeurs communaux du Plan pour Conakry et plusieurs préfectures de l’intérieur du pays (RTG Guinée 224). D’autres décrets ont suivi pour couvrir progressivement l’ensemble du maillage territorial, dans une dynamique de déconcentration administrative saluée par les partenaires techniques et financiers.
Une chaîne de traitement désormais numérique et sécurisée
Depuis le lancement officiel du FUGAS le 27 novembre 2025 par le Premier ministre Amadou Oury BAH, la prise en charge financière de tout agent nommé par décret présidentiel — y compris les Directeurs préfectoraux et communaux — obéit à un circuit intégré et sécurisé, entièrement dématérialisé.
Ce circuit mobilise, dans un ordre séquentiel strict, plusieurs institutions :
La Présidence de la République (signature du décret) ;
Le Secrétariat Général du Gouvernement (numérotation, publication au Journal Officiel, transmission) ;
Le Ministère du Travail et de la Fonction Publique (validation administrative, enrôlement biométrique, attribution du matricule unique) ;
La Direction Nationale des Systèmes d’Information de la Fonction Publique (administration technique de la plateforme) ;
Le Ministère du Budget et sa Direction Nationale de la Solde (ouverture du poste budgétaire, mandatement) ;
Le Contrôle Financier (visa de régularité) ;
Le Trésor Public (paiement effectif).
Le Ministère du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement, ministère utilisateur, intervient en amont de la chaîne par la saisie des données de l’agent dans le module de Gestion des Ressources Humaines (GRH) du FUGAS et par la constitution du dossier administratif. Au-delà de cette étape, la maîtrise du calendrier échappe au département, la suite du processus relevant de la compétence d’autres administrations.
Pourquoi la première solde peut tarder : les étapes incompressibles
Pour bien comprendre les délais observés, il convient de rappeler que la première mise en solde d’un agent nommé par décret présidentiel n’est ni un acte automatique ni un acte instantané. Elle résulte d’une succession d’étapes de validation dont chacune doit être franchie avant que le paiement ne puisse intervenir.
1. L’enregistrement du décret dans le module « Actes administratifs »
Après signature présidentielle, le décret doit être numéroté par le Secrétariat Général du Gouvernement, publié au Journal Officiel, puis intégré dans le module Actes administratifs du FUGAS. Ce n’est qu’à l’issue de cette formalité que la nomination devient juridiquement opposable aux administrations financières.
2. La prise de service et la constitution du dossier
Le Directeur nommé doit prendre effectivement service et faire établir une attestation de première prise de service, acte unique et indispensable. Il lui appartient également de rassembler l’ensemble des pièces exigées : acte de naissance légalisé, Carte Nationale d’Identité en cours de validité, certificat médical de moins de trois mois, extrait de casier judiciaire de moins de six mois, photos, Relevé d’Identité Bancaire (RIB), entre autres.
3. L’enrôlement biométrique dans le FUGAS
Conformément à la doctrine officielle du Ministre du Travail et de la Fonction Publique, Faya François BOUROUNO — « Un agent public = un seul matricule ; un matricule = une seule personne identifiée ; un salaire = un seul compte bancaire » — chaque agent doit obligatoirement se soumettre à un enrôlement biométrique comprenant la reconnaissance faciale, la capture de l’iris, la prise des empreintes digitales et la signature électronique (Ministère de la Fonction Publique). L’attribution du matricule unique en découle.
4. Les validations en cascade
Le dossier fait ensuite l’objet de validations successives par le Chef de Division des Ressources Humaines du ministère d’accueil, par la Direction Générale de la Fonction Publique (contrôle du cadre organique), puis par le Contrôle Financier (vérification des incidences budgétaires). Cette rigueur, qui a permis d’économiser 233 milliards de francs guinéens en éliminant doublons et rémunérations irrégulières, constitue précisément la garantie d’assainissement recherchée par les autorités.
5. Le mandatement et le paiement
Enfin, le dossier complet est transmis à la Direction Nationale de la Solde pour codification, calcul et liquidation, avant émission du mandat de paiement par l’ordonnateur du Ministère du Budget et virement par le Trésor Public sur le compte unique domicilié.
Le MPCID hors de cause : un ministère utilisateur, non ordonnateur de la solde
Il importe, à ce stade, de dissiper toute ambiguïté. Le Ministère du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement n’est nullement responsable des délais observés dans la prise en charge financière de ses Directeurs préfectoraux et communaux.
Pour trois raisons de fond :
Premièrement, le MPCID a diligemment accompli, pour chacun des agents nommés, les diligences qui lui incombent : accueil des Directeurs à leur poste, établissement des attestations de prise de service, saisie des informations dans le module GRH du FUGAS et transmission des dossiers aux administrations compétentes. Le ministre Ismaël NABÉ, réinstallé à la tête du département le 6 février 2026, a d’ailleurs personnellement rencontré les Directeurs préfectoraux du Plan pour évoquer les défis liés à l’exercice de leurs fonctions en région.
Deuxièmement, la mise en solde ne relève pas du ministère utilisateur. Elle procède d’un circuit interministériel dans lequel le MPCID n’est ni ordonnateur ni payeur. La compétence budgétaire et de paie appartient exclusivement au Ministère du Budget et à ses démembrements (Direction Nationale de la Solde, Contrôle Financier, Trésor Public), tandis que la gestion statutaire et biométrique relève du Ministère du Travail et de la Fonction Publique.
Troisièmement, le FUGAS impose désormais un verrouillage systémique : aucun agent ne peut être payé s’il n’est pas préalablement enrôlé, biométrisé et validé dans la plateforme. Comme l’a formellement rappelé le Secrétariat général du Ministère du Travail et de la Fonction Publique, « il n’y aura pas de paiement d’un fonctionnaire si l’intéressé n’est pas dans la plateforme FUGAS » (Ministère de la Fonction Publique). Cette exigence, salutaire pour la bonne gouvernance, peut néanmoins allonger les délais dans la phase transitoire de déploiement du système.
Une exigence de qualité qui protège l’agent et l’État
Il convient de souligner que les délais actuels ne traduisent en rien un dysfonctionnement, mais bien une exigence de qualité consubstantielle à la réforme engagée. En passant, grâce au FUGAS, de 277 000 à environ 130 000 agents biométrisés actifs, la Guinée a levé le voile sur près de 147 000 irrégularités antérieures. Nul ne saurait déplorer, aujourd’hui, la rigueur d’un dispositif qui protège simultanément :
L’agent lui-même, dont le matricule unique et la domiciliation bancaire exclusive sécurisent la perception continue et intégrale de sa solde ;
L’État, en garantissant la traçabilité, la maîtrise de la masse salariale et l’élimination des fonctionnaires fictifs ;
Le contribuable, à travers l’assainissement des finances publiques.
Le rappel de solde, dont bénéficieront les Directeurs concernés à l’issue du processus, couvrira intégralement la période comprise entre la date d’effet du décret présidentiel et la date de prise en compte effective dans le système de paie. Aucun droit ne sera perdu.
Une phase transitoire à gérer avec discernement
Le déploiement d’un outil aussi structurant que le FUGAS s’accompagne inévitablement, dans sa phase initiale, d’ajustements techniques et procéduraux. Les campagnes de vulgarisation menées en janvier 2026 à Mamou et à Labé témoignent de la mobilisation des autorités pour accompagner cette transition (MMAFP).
Dans ce contexte, le MPCID reste pleinement engagé à accompagner ses Directeurs préfectoraux et communaux dans les diligences relevant de sa compétence. Le département suit avec attention l’évolution des dossiers auprès des administrations partenaires et met tout en œuvre pour que la régularisation intervienne dans les meilleurs délais.
Conclusion
La prise en charge financière des Directeurs préfectoraux et communaux du Plan, du fait d’un cadre juridique et procédural exigeant, appelle patience et discernement. Le retard constaté n’engage nullement la responsabilité du Ministère du Plan, de la Coopération Internationale et du Développement, dont les diligences ont été régulièrement accomplies. Il traduit au contraire l’application rigoureuse d’une réforme d’assainissement voulue par les plus hautes autorités du pays, dont les bénéfices, en termes de transparence et de bonne gouvernance, sont d’ores et déjà mesurables.
Les Directeurs concernés, dans leur ensemble, prennent une part active à la transformation de l’administration publique guinéenne. Leur mobilisation quotidienne au service des populations mérite reconnaissance, de même que leur patience durant cette phase transitoire. À travers eux, c’est toute une administration qui apprend à se moderniser au bénéfice du citoyen.
Mohamed CAMARA
Associé -Gérant
Cabinet Conseil MOCAM CONSULTING














