Doyen des souverains européens, le roi Harald V de Norvège s’est éteint ce vendredi 28 août à l’âge de 89 ans, a annoncé le Palais royal. Enfant, il avait fui avec sa famille l’invasion allemande de 1940 pour les États-Unis, avant de rentrer au pays en 1945 et de devenir le premier membre de la famille royale scolarisé dans le système public. Passionné de voile depuis l’enfance, il représente la Norvège à trois olympiades consécutives, de Tokyo 1964 à Munich 1972, cultivant l’image d’une monarchie sportive et proche de la nature.
Sa vie sentimentale marque aussi les esprits : pendant neuf ans, il s’oppose à son père le roi Olav pour pouvoir épouser Sonja Haraldsen, une roturière, allant jusqu’à menacer de ne jamais se marier avant d’obtenir gain de cause en 1968, une union qui rapprochera durablement la monarchie norvégienne de la vie de ses sujets.
Devenu roi en 1991 à la mort de son père, Harald V engage aussitôt une modernisation profonde d’une institution restée jusque-là essentiellement symbolique : transparence sur les comptes de la maison royale, ouverture des résidences au public, prises de position en faveur de la tolérance et de l’écologie, et adoption sous son règne de la succession égalitaire permettant à sa petite-fille Ingrid Alexandra de devenir un jour reine.
Refusant la rigidité qui avait marqué sa propre jeunesse, il soutient le mariage de son fils Haakon avec une jeune mère au passé mouvementé et respecte le choix de sa fille Märtha Louise de renoncer à son titre royal. Sa stature de repère moral s’affirme surtout après les attentats du 22 juillet 2011 à Oslo et Utøya, où ses discours d’unité et sa présence auprès des familles endeuillées renforcent durablement sa popularité.
La fin de son règne aura toutefois été assombrie par la plus grave crise traversée par la couronne norvégienne, entre la révélation en 2026 d’une correspondance intime entretenue par la princesse Mette-Marit avec le criminel sexuel Jeffrey Epstein et la condamnation, la même année, du fils de cette dernière à quatre ans de prison pour viols.
Ces affaires ont ravivé un débat inédit sur l’avenir de l’institution monarchique, même si l’attachement populaire à la couronne reste majoritaire. Affaibli ces dernières années par des problèmes de santé ayant contraint son fils Haakon à assurer plusieurs régences, Harald V avait toujours refusé d’abdiquer, fidèle à la formule de son grand-père selon laquelle on demeure roi « jusqu’à la mort ».














