Après le lancement de la formation des agents recenseurs dans le cadre du premier Recensement général des entreprises (RGE-1), les autorités guinéennes poursuivent la mobilisation autour de cette importante opération statistique. Plus de 1 000 agents présélectionnés prennent part à une formation d’une quinzaine de jours, consacrée notamment aux concepts du recensement, aux techniques de communication ainsi qu’à l’utilisation des outils nécessaires à la collecte des données sur le terrain. Les responsables du ministère du Plan et de la Coopération internationale et du Développement sont ainsi à pied d’œuvre pour assurer la réussite de cette opération nationale.
Vendredi, une campagne d’information et de sensibilisation des entrepreneurs et des élus locaux de Conakry s’est tenue dans la capitale. La rencontre a réuni plusieurs acteurs impliqués dans la vie économique et administrative de la ville, notamment les maires, les chefs de quartier et de secteur, ainsi que les administrateurs des marchés.

À cette occasion, le directeur général de l’Institut national de la statistique (INS), Dr Makan Doumbouya, a présenté les principales orientations du premier Recensement général des entreprises.
Selon lui, la Guinée dispose encore de peu d’informations statistiques complètes et actualisées sur son tissu économique, notamment sur les unités économiques formelles et informelles: « Comme vous le savez, la Guinée dispose de peu d’informations statistiques complètes et actualisées sur son tissu économique, notamment sur les unités économiques, qu’elles soient formelles ou informelles. Cette insuffisance d’informations limite les capacités d’analyse du système national. »
Le RGE-1 doit donc permettre de mieux identifier les unités économiques présentes sur le territoire, de mesurer leurs activités et d’améliorer la qualité des statistiques nécessaires à la prise de décision publique: « Par définition, ce recensement consiste en une opération statistique d’envergure nationale qui vise à dénombrer et à caractériser de manière exhaustive les unités économiques dans notre pays. L’opération doit permettre de disposer d’informations fiables et actualisées sur les entreprises formelles et informelles, mais également de les géolocaliser et de mieux connaître leurs activités, leurs emplois et leurs investissements », a expliqué le directeur général de l’INS.

Le recensement concernera les unités économiques formelles et informelles exerçant une activité en Guinée. Il s’étendra aussi bien aux zones urbaines qu’aux zones rurales: « Le recensement couvrira les unités économiques formelles et informelles exerçant une activité économique en Guinée. Il concernera notamment les boutiques, magasins, immeubles, garages, activités exercées à ciel ouvert, établissements publics exerçant des activités marchandes ainsi que certaines institutions sans but lucratif, notamment pour les besoins des comptes nationaux. »
L’opération sera menée dans les quartiers, secteurs, marchés, immeubles et différentes zones d’activités économiques du pays. Pour assurer la collecte, environ 1 000 agents recenseurs ont été recrutés. Ils seront déployés sur le terrain pendant deux mois. L’opération sera entièrement numérique grâce à l’utilisation de tablettes: « L’enquête sera numérique parce que nous allons utiliser des tablettes pour permettre d’aller vite et de minimiser les erreurs dans la collecte des données », a indiqué Dr Makan Doumbouya.

L’INS compte également sur l’implication des autorités locales pour faciliter le travail des agents recenseurs. Il leur est notamment demandé de faciliter l’accès aux zones de collecte, de fournir des informations sur les quartiers, secteurs, marchés et zones d’activités économiques, mais aussi de mettre les agents en relation avec les responsables des différentes unités économiques: « Nous attendons d’abord de vous que vous facilitiez le travail de nos agents sur le terrain. Autrement dit, faciliter leur accès aux zones de collecte, fournir des informations utiles sur les quartiers, secteurs, marchés et zones d’activité, faciliter les contacts entre les agents recenseurs et les responsables des unités économiques, contribuer à la sécurité et au bon déroulement des opérations sur le terrain et intervenir en cas de réticence », a souligné le directeur général de l’INS. Les autorités locales sont également invitées à contribuer à la sensibilisation des acteurs économiques, à identifier les unités difficilement repérables sur le terrain et à rassurer les chefs d’entreprise, commerçants et artisans sur le caractère confidentiel des informations recueillies.

Prenant la parole à son tour, le ministre du Plan et de la Coopération internationale, Ismaël Nabé, a insisté sur l’importance stratégique de cette opération pour la Guinée: « C’est avec un réel plaisir que je prends la parole devant vous à l’occasion de cette importante rencontre consacrée au lancement de la campagne d’information et de sensibilisation du premier Recensement général des entreprises de la République de Guinée, dénommé RGE-1. Aujourd’hui, nous ne nous sommes pas simplement réunis pour parler de statistiques. Nous sommes réunis pour parler de notre économie, de nos entrepreneurs, de nos artisans, de nos commerçants, de nos travailleurs et, au fond, de la capacité de notre nation à connaître et à comprendre, mais surtout à transformer son économie », a déclaré le ministre.
Pour Ismaël Nabé, le RGE-1 constitue également un outil essentiel dans la mise en œuvre de la vision de développement portée par le programme Simandou 2040: « La transformation d’une nation ne peut pas être conduite à l’aveugle. Elle exige une vision, elle exige des instruments forts, elle exige des investissements massifs, mais elle exige surtout une chose sans laquelle tout le reste perd sa portée : la connaissance précise de notre réalité nationale », a-t-il rappelé.

Le ministre a établi un parallèle entre le Recensement général de la population et de l’habitation (RGPH-4) et le RGE-1: « Le RGPH-4 nous a donné la photographie de notre capital humain. Aujourd’hui, chers amis, nous allons franchir une nouvelle étape. Le RGE-1 nous donnera la photographie de notre capital économique. Le RGPH-4 nous a appris à mieux connaître qui nous sommes, où nous vivons et comment notre population évolue. Le RGE-1 nous permettra de savoir qui produit, où l’on produit, dans quel secteur, avec combien d’emplois, avec quelle capacité économique et dans quelles conditions. »
Selon lui, cette opération permettra également à la Guinée de disposer d’une meilleure base de données pour renforcer sa coopération avec ses partenaires: « Nous ne disposons pas encore d’une connaissance suffisamment exhaustive et actualisée de notre tissu économique. Même si on veut collaborer avec des partenaires étrangers, si on n’a pas d’informations fiables, leur intervention est limitée. Désormais, avec ce processus, on aura une cartographie globale qui va nous permettre de mieux collaborer avec nos partenaires un peu partout dans le monde », a-t-il indiqué.
Le RGE-1 vise notamment les sociétés, les entreprises individuelles, les unités de production formelles et informelles ainsi que certaines institutions sans but lucratif. Pour le ministre Ismaël Nabé, aucune composante de l’économie guinéenne ne doit être laissée de côté: « Personne ne doit rester en dehors de cette photographie de notre économie. Car l’économie réelle de la Guinée ne se limite pas à quelques grandes entreprises. Elle est surtout faite de nos PME, de nos TPE, de nos artisans, de nos commerçants, de nos marchés, de nos jeunes entrepreneurs et de cette formidable économie informelle qui constitue une composante essentielle de notre tissu collectif », a-t-il déclaré.

Le ministre a par ailleurs tenu à rassurer les acteurs économiques sur la finalité de l’opération: « Le RGE-1 n’est pas un instrument de contrôle, chers amis. Je reprends cela : ce n’est pas un instrument de contrôle. Il est un instrument de connaissance, un instrument de planification, un instrument d’accompagnement. Il ne s’agit pas de venir juger les entreprises, il s’agit de mieux comprendre notre économie pour mieux la soutenir. »
Il a enfin appelé l’ensemble des acteurs à faire de cette opération une démarche nationale et citoyenne: « Faisons du RGE-1 une opération nationale, collective et citoyenne. La véritable finalité du RGE-1, c’est de transformer la donnée en décision et la décision en développement. On ne peut pas faire l’évaluation de notre Produit intérieur brut, le rebasage, sans les comptes nationaux. On ne peut pas avoir les comptes nationaux sans les statistiques. J’aime le dire souvent : un pays sans données, c’est un pays sans planification. Un pays sans planification, pas de développement. ». À travers le RGE-1, la Guinée entend ainsi disposer, pour la première fois, d’une connaissance plus exhaustive, fiable et actualisée de son appareil productif. De l’entreprise individuelle à la grande société, en passant par les artisans, les commerçants et les acteurs de l’économie informelle, l’ensemble du tissu économique sera appelé à contribuer à cette photographie nationale.

Au-delà du simple dénombrement, l’enjeu sera désormais de transformer les données collectées sur le terrain en outils d’aide à la décision. Car une fois la photographie établie, le véritable défi commencera, faire de cette connaissance du tissu économique un levier de planification, d’investissement et d’accompagnement des entreprises, au service de la transformation économique de la Guinée.
Amadou Diallo














