Près d’une semaine après l’éboulement meurtrier survenu à la décharge de Dar es-Salam, dans la commune de Gbessia, les familles des victimes et les sinistrés s’organisent. Réunis ce samedi sur le site du drame, ils ont annoncé la prochaine mise en place d’un collectif citoyen pour le suivi des engagements pris par les autorités, notamment le dédommagement des victimes et la délocalisation définitive de la décharge. La déclaration a été lue par Bah Mouctar, responsable de la stratégie et de la communication.
Allureinfo.net vous propose l’intégralité de cette déclaration:
« Monsieur le Président de la République, Monsieur le Premier ministre, Monsieur le ministre de l’Assainissement, de l’Hydraulique et des Hydrocarbures, Madame la ministre de l’Administration du territoire et de la Décentralisation, Monsieur le directeur de l’Agence nationale de gestion des urgences et catastrophes humanitaires, chers membres du gouvernement, Mesdames et Messieurs. Nous parlons au nom des victimes, au nom des familles sinistrées, au nom des propriétaires qui ont perdu leur habitation, mais aussi au nom des familles qui pleurent encore leurs proches disparus dans le terrible éboulement survenu à Dar es-Salam, dans la nuit du 22 au 23 août 2026.
Cette catastrophe a emporté des vies, elle a détruit des maisons, elle a séparé des familles, elle a laissé derrière elle des parents qui cherchent encore comment reconstruire leur existence. Aujourd’hui, plus que jamais, l’État doit savoir que nous ne sommes pas seulement des statistiques. Nous sommes des pères et des mères, nous sommes des enfants, nous sommes des familles, nous sommes des citoyens guinéens.
Et aujourd’hui, nous demandons simplement à l’État de ne pas l’oublier. Au lendemain de cette tragédie et à la suite du déguerpissement initié par le gouvernement, des annonces ont été faites et des engagements ont été pris en faveur des victimes, de toutes les victimes.
Aujourd’hui, nous voulons rappeler, avec respect mais avec fermeté, que nous attendons la concrétisation de ces engagements. Nous demandons, premièrement, le dédommagement juste et transparent des propriétaires dont les maisons ont été détruites ou démolies. Derrière chaque maison, il y a des années de sacrifices, d’économies et de travail.
Nous demandons donc que les propriétaires concernés soient identifiés, recensés et indemnisés dans des conditions justes et transparentes. Nous demandons également une prise en charge complète des victimes et des familles sinistrées. Certaines familles ont tout perdu en quelques instants. Elles ont besoin d’un toit, de nourriture, de soins, d’un accompagnement social et psychologique, mais surtout d’une véritable solution pour recommencer leur vie.
Nous ne voulons pas d’une aide ponctuelle qui disparaît après quelques jours. Nous demandons un accompagnement à la hauteur de l’ampleur de cette catastrophe. Nous demandons aussi que les parents et proches des personnes décédées soient pleinement associés à toute décision concernant l’organisation d’une éventuelle cérémonie ou d’une inhumation collective.
Or, ils ne sont pas anonymes. Derrière chaque victime, il y a une mère, un père, une sœur, un enfant, une famille. Nous demandons donc que les familles soient informées, consultées et respectées dans toutes les initiatives concernant leurs proches disparus.
Nous avons déjà perdu les nôtres. Nous ne voulons pas être privés de notre droit légitime de leur rendre un dernier hommage dans la dignité. Enfin, nous demandons solennellement à l’État de procéder à la délocalisation définitive de la décharge de Dar es-Salam dans les plus brefs délais. Cette demande n’est pas nouvelle. Dar es-Salam a déjà connu une tragédie en 2017 et, aujourd’hui, en 2026, nous sommes encore confrontés à une catastrophe meurtrière.
Combien de vies faudra-t-il encore perdre ? Combien de familles faudra-t-il encore endeuiller ? Combien de maisons faudra-t-il encore démolir ? Nous disons : ça suffit. Maintenant, la décharge doit quitter Dar es-Salam, et c’est non négociable.
Nous ne voulons plus que Dar es-Salam soit considérée comme une simple zone de dépôt des déchets. Dar es-Salam est un quartier où vivent des êtres humains. Nous demandons donc que la délocalisation annoncée de la décharge soit effectivement réalisée, avec un calendrier clair et des mesures concrètes et inclusives. Nous interpellons l’ensemble des institutions concernées par la gestion de cette catastrophe.
Nous sommes ici parce que nous souffrons. Nous ne demandons pas l’impossible. Nous demandons simplement que la parole donnée aux victimes soit respectée. Nous demandons justice pour les familles endeuillées. Nous demandons réparation pour ceux qui ont perdu leur maison. Nous demandons respect et dignité pour nos morts.
Et nous demandons, par-dessus tout, la délocalisation définitive de cette décharge afin qu’une telle tragédie ne se reproduise plus. Dar es-Salam ne demande pas la pitié. Dar es-Salam demande la justice, la solidarité et le respect des engagements de l’État.
Pour terminer, nous voulons simplement dire ceci : Nous sommes fatigués de pleurer. Nous sommes fatigués de voir nos maisons détruites. Nous sommes fatigués de perdre nos biens. Nous sommes fatigués d’attendre. Mais malgré tout cela, nous voulons encore croire à notre pays. Nous ne demandons pas de faveurs. Nous demandons simplement que notre souffrance soit entendue et que les engagements pris soient respectés par l’État.
Nous avons perdu des vies. Nous avons perdu des maisons. Nous avons perdu nos biens. Mais nous refusons de perdre l’espoir. C’est pourquoi, ici et maintenant, nous informons solennellement l’opinion publique, la société civile et l’ensemble des institutions de la République de la prochaine création, à Dar es-Salam, d’un comité d’accompagnement, de suivi et de veille citoyenne. Ce comité est né d’une volonté simple et légitime : accompagner les actions de l’État, suivre leur mise en application sur le terrain et veiller au respect des engagements pris envers les populations de Dar es-Salam.
Le comité interviendra notamment dans le cadre de la réhabilitation du site de la décharge, de la prise en charge des victimes de l’éboulement et des personnes affectées par le déguerpissement, afin que personne ne soit oublié dans cette étape douloureuse de notre histoire. Ce comité sera composé de représentants des victimes, des citoyens ainsi que des élus locaux des quartiers riverains de la décharge. Il se veut un cadre de dialogue, de responsabilité et de collaboration entre les citoyens et les pouvoirs publics.
Nous sommes ici pour accompagner l’État, pour témoigner de la réalité vécue par les populations et pour veiller à ce que les décisions prises se traduisent concrètement sur le terrain. Conscients que nous ne pouvons pas revenir en arrière, ce comité est résolument engagé à accompagner toutes les initiatives de l’État qui visent à transformer la décharge de Dar es-Salam en un espace utile, sain, sécurisé et bénéfique pour la communauté.
Dar es-Salam mérite de tourner une page, une page de douleur, pour écrire une page d’espoir. Nous avons la ferme conviction qu’avec le dialogue, la transparence et la volonté, un espace meurtri comme le nôtre par la souffrance peut devenir un symbole de renaissance.
Que la mémoire de nos disparus nous oblige donc à agir pour la restauration de la dignité des populations de Dar es-Salam. Dar es-Salam n’est pas une poubelle.
Dieu bénisse et protège les citoyens de Dar es-Salam. Je vous remercie. »
Amadou Diallo














