À la tribune de l’Assemblée générale des Nations Unies, le président guinéen Mamadi Doumbouya a présenté ce mercredi 23 septembre sa vision de la gouvernance, du développement et de la souveraineté nationale. Revenant sur les réformes institutionnelles, les infrastructures, le projet Simandou et le programme Simandou 2040, il a également appelé à une adaptation des modèles de gouvernance aux réalités historiques, sociales et culturelles des pays africains.
Voici l’intégralité de son discours:
« Monsieur le Président de la 81e session de l’Assemblée générale des Nations Unies,
Monsieur le Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies,
Excellences, Mesdames et Messieurs les chefs d’État et de gouvernement,
Excellences, Mesdames et Messieurs les chefs de délégation,
Mesdames et Messieurs,
Monsieur le Président,
Je voudrais avant toute chose vous adresser, au nom du peuple souverain de la République de Guinée et de sa délégation, mes chaleureuses félicitations pour votre élection à la présidence de cette 81e session ordinaire de l’Assemblée générale des Nations Unies.
Je forme le vœu que les travaux, sous votre conduite éclairée, permettent à notre organisation de mieux répondre aux attentes légitimes des peuples du monde.
Je voudrais également saluer l’action constante de Monsieur le Secrétaire général António Guterres à la tête de notre organisation commune.
C’est avec un profond sentiment de fierté, mais aussi d’humilité, que je me présente devant cette auguste tribune au nom du peuple souverain de la République de Guinée pour partager avec la communauté des nations le chemin parcouru par mon pays.
Mesdames et Messieurs,
Il y a trois ans, depuis cette même tribune, j’avais tenu, avec la franchise que mon pays et notre continent doivent à ce monde, un discours de vérité.
J’avais dit que le monde et le modèle de gouvernance importé sans adaptation sur notre continent peinaient à porter les fruits attendus par nos populations, je le maintiens.
Mais je reviens aujourd’hui devant vous dans un esprit différent, non pour dénoncer, mais pour partager avec vous les éléments factuels, avec le respect dû à cette Assemblée, du chemin que la République de Guinée a parcouru et a choisi de tracer, et des résultats que ce choix a produits.
Sous le fondement de la Constitution, la République de Guinée a organisé l’intégralité de son cycle électoral direct, présidentiel, législatif, communal, et l’installation de toutes les institutions qui en découlent, financées à 100 % par le Trésor guinéen.
Je le dis avec une fierté légitime devant cette Assemblée, aucun de ces scrutins, sur toute l’étendue de notre territoire, n’a connu d’incidents significatifs de la part d’aucun des acteurs du processus électoral. C’est la preuve, Mesdames et Messieurs, qu’un pays peut seul, sous ses propres ressources, organiser des élections crédibles, apaisées et transparentes.
Cette Constitution introduit des innovations profondes en faveur du vivre-ensemble, une représentation renforcée de nos terroirs et de nos communautés, des garanties nouvelles pour l’alternance et la gouvernance participative, et une reconnaissance affirmée de notre pluralité culturelle, linguistique, religieuse et culturelle comme fondement de l’unité sacrée de la nation plutôt que comme facteur de division. Je le dis avec une fierté légitime, encore une fois, que toutes ces élections ont été organisées sur notre sol sans aide de qui que ce soit.
Mesdames et Messieurs,
Je ne suis pas venu devant cette tribune pour dresser un inventaire exhaustif, mais je crois utile, pour étayer mon propos, de partager avec vous un simple aperçu mais utile que la République de Guinée a accompli en moins de trois années.
Nous avons pu accomplir plus de 1 000 kilomètres de routes goudronnées qui désenclavent nos régions.
Le mégaprojet Simandou, le plus vaste projet minier et d’infrastructure d’Afrique aujourd’hui réalisé.
Des écoles et des hôpitaux construits sur l’ensemble du territoire national.
Trois raffineries d’aluminium en cours de construction pour transformer notre bauxite sur notre propre sol.
La plus grande raffinerie d’or d’Afrique en capacité de production, déjà achevée.
Un programme de développement socio-économique durable et responsable de mon pays pour les 15 prochaines années, Simandou 2040.
Le programme Simandou 2040 incarne une ambition de transformation structurelle de notre économie. Il ne s’agit pas seulement d’un projet minier, mais d’un véritable levier stratégique pour accélérer le développement des infrastructures, de l’agriculture, de l’énergie, de l’éducation et de la santé, pour ne parler que cela.
Ces résultats, obtenus en moins de trois ans, ne sont pas cités par vanité. Ils illustrent une conviction que je veux partager avec cette Assemblée. Notre plus grande richesse demeure toutefois notre jeunesse. Nous devons lui offrir une éducation de qualité, des formations adaptées aux besoins du marché du travail à travers Simandou Academy, ainsi que de réelles opportunités d’emploi et d’entrepreneuriat.
Mesdames et Messieurs les chefs d’État et de gouvernement,
L’expérience guinéenne récente m’autorise, avec respect, à formuler une conviction.
Lorsque les modèles de gouvernance sont adaptés aux réalités historiques, sociales et culturelles de chaque nation, plutôt qu’importés sans discernement, le développement s’accélère.
Regardons l’Asie, regardons certains pays du Proche-Orient. Ils n’ont pas attendu qu’un modèle extérieur leur soit validé pour bâtir leur prospérité. Ils ont su s’inspirer de l’expérience universelle tout en l’adaptant à leur propre génie national. En une génération, ils ont accompli ce que d’autres ont mis un siècle à réaliser.
L’Afrique peut, elle aussi, emprunter cette voie. Ce n’est pas un rejet du monde ni de la coopération internationale. Bien au contraire, c’est un appel à un partenariat gagnant-gagnant, respectueux de la souveraineté de chaque nation, fondé sur la co-construction gagnant-gagnant, plutôt que sur le schéma préétabli qui ignore nos réalités.
La République de Guinée, pour sa part, reste et restera un partenaire fiable, ouvert et engagé envers l’ensemble de la communauté internationale, dans le respect mutuel de la souveraineté.
Monsieur le Président,
Excellences, Mesdames et Messieurs,
La République de Guinée avance.
Elle avance avec ses propres moyens, sur la base de ses propres choix, au service de son propre peuple. Elle le fait dans le respect du droit international, dans l’esprit de la Charte des Nations Unies et dans un esprit de coopération franche et sans exclusive avec l’ensemble de ses partenaires.
Je forme le vœu que cette expérience guinéenne puisse modestement inspirer une réflexion plus large sur les voies multiples et légitimes de développement pour notre continent.
Je vous remercie pour votre attention… . »
Décryptage: Amadou Diallo













