Ce qu’il conviendrait d’appeler désormais l’affaire EBOMAF, ressemble à s’y méprendre à un cold case financier qu’il va falloir remettre au goût du jour. En vue de démêler le vrai du faux.
C’est pourquoi il nous est venue l’intuition de rafraîchir la mémoire de la CRIEF, version Charles Wright, qui ne manque pas de panache, dans son combat pour la reddition des comptes. Ce faisant, la question préjudicielle qui nous vient à l’esprit, en évoquant cette affaire est la suivante : comment EBOMAF s’est-elle fait la malle avec 185 millions d’euros, sans aucune contrepartie, dans le cadre d’un contrat public-privé de bitumage de la route nationale Kankan-Kissidougou en 2014, sous le magistère d’Alpha Condé ? Tel dans un polar d’Arsène Lupin.
Trois majors du BTP comme alternative pour sauver le projet
Face au désarroi suscité par le départ précipité d’EBOMAF du site, sans aucune explication convaincante, les nouvelles autorités, faisant contre mauvaise fortune bon cœur, ont pris sur elle de remettre l’ouvrage sur le métier. En consentant de nouveau, un nouveau financement pour la construction de cette voie stratégique.
C’est dans cet élan que les travaux de reconstruction de cette route reliant la ville de Kankan à la préfecture de Kissidougou ont été finalement confiés à trois majors du BTP guinéen, à savoir Guiter SA, BEGEC et GUICOPRESS, après la rebuffade d’EBOMAF, l’entreprise de l’homme d’affaire burkinabè, Mahamadou Bonkoungou.
D’ailleurs, une mission du ministère des infrastructures conduite par le Directeur national des routes préfectorales était sur le chantier, la semaine, pour constater de visu l’état d’avancement des travaux.
Certes beaucoup d’eau a coulé sous les ponts depuis que le patron d’EBOMAF a tourné le dos à la Guinée, non sans avoir perçu la rondelette somme de 185 millions d’euros, en guise d’acompte sur les 305 millions d’euros prévus dans le contrat pour le projet de bitumage des 195 kilomètres de route.
Mais vu le grand émoi suscité au sein de l’opinion par les révélations autour de ce dossier brûlant, survenues au lendemain de la prise de pouvoir par le CNRD, cela mérite qu’on s’y attarde. Histoire de fureter des nouvelles relatives à la destination prise par les 185 millions d’euros du contribuable guinéen.
La CRIEF l’ultime planche de salut
Mieux vaut tard que jamais, nous apprend l’adage. Il ne serait donc pas excessif de vouloir demander des « comptes » au PDG d’EBOMAF, à travers la CRIEF, afin d’éclaircir les zones d’ombre qui persistent dans cette affaire de gros sous. Surtout que l’occasion fait le larron. Autant profiter de la ferme volonté affichée par le Chef de l’État, le Président Mamadi Doumbouya, de faire rendre gorge à tout cadre indélicat qui se hasarderait à pomper le fric du contribuable. Avec comme levier une CRIEF dopée à l’adrénaline, dont le procureur spécial ne manque nullement de panache.
Loin de nous tout procès d’intention, sans vouloir jouer non plus les procureurs, il est tout de même loisible pour nous de nous interroger sur la manière dont ce tronçon a été laissé en jachère après le décaissement d’un tel montant qui donne le tournis.
Sans oublier la violente charge livrée par Mahamadou Bonkoungou contre l’ex-président Alpha Condé, au lendemain de l’éviction de ce dernier du pouvoir.
Le PDG d’EBOMAF qui était face à un parterre de journalistes triés sur le volet, a saisi l’opportunité pour le dindon de la farce dans ce dossier. Alors qu’il est soupçonné d’avoir entourloupé l’État guinéen, Bonkoungou en homme d’affaire averti, et rompu dans les épreuves de force, a plutôt brandi une ardoise de 20 millions d’euros que Conakry lui restait devoir. Dans le cadre de prestations portant sur l’affrètement d’un jet de sa compagnie de transport aérienne dénommée Liza transport.
Dans ce contexte, les 185 millions d’euros à lui versés, passeraient par perte et profit, au grand dam du contribuable guinéen.
Dans son inventaire à charge, l’homme d’affaire burkinabè a surtout mis l’accent sur le non-versement par le gouvernement d’Alpha Condé des « 500 millions d’euros » comme garantie devant servir à convaincre les bailleurs de fonds dans la mobilisation des fonds de financement des travaux. Qu’il accuse de n’avoir pas ainsi honoré son engagement à son égard dans leur fameux contrat. En ne lui remettant que 65 millions d’euros.
Jusque-là aucune autre version n’est venue confirmer ou infirmer ce discours à sens unique.
Raison pour laquelle certains observateurs pensent que le moment est venu d’éclairer la lanterne des Guinéens sur cette affaire. Afin de savoir qui de Bonkoungou et de l’Etat guinéen resterait devoir à l’autre.
Ousmane Sylla














